Le Président de la République nous parle d'Union Méditerranéenne. Soit. Plaçons nous dans sa logique. Il dit " La Turquie n'est pas en Europe, elle est en Asie Mineure ". Oui. Et la France serait-elle maintenant en Afrique ? Je l'entends déjà me dire que " Union Européenne (UE) " comprend l'Europe et " Union Méditerranéenne " comprend " Méditerranée ". Somme toute, il s'agit d'unir par les mots ou par la situation géographique des éléments qui ont ce point commun pour faire des entités plus importantes. Je reconnais qu'il est plus facile de prendre des décisions à trois autour d'une table qu'à cinquante. Mais réunir signifie aussi donner un plus grand pouvoir au représentant suprême de l'Union. En quoi est-ce alors différent d'un Empire ? La démocratie probablement. Donc il serait préférable, et les traités européens le stipule, que la démocratie règne dans les éléments constitutifs des Unions que l'on nomme encore pays.
Je me souviens d'un temps où une Union avait satellisé des pays pour s'en faire un bouclier autant militaire qu'idéologique. 1989 a sonné le glas de cette Union Soviétique. Tiens, celle-ci portait le nom de son idéologie ! Quand j'ai entendu parler pour la première fois d'Union Méditerranéenne, j'ai tout de suite pensé à l'URSS. Les pays du sud méditerranéen serait notre bouclier contre l'immigration autre que méditerranéenne. Ils seraient nos " bantoustans " économiques. Main d'œuvre pour l'industrie délocalisée et marché pour les produits manufacturés et services de haute technologie, en tout cas dans un premier temps ! Pour cela il faut justement des régimes forts pour maintenir une population sous pression, c'est rarement des démocraties au sens pur du mot.
Je comprends mieux les remarques de la chancelière Angela Merkel sur la réalisation de cette Union qui, selon elle, devrait comprendre toute l'Union Européenne et pas seulement les pays baignant dans la Méditerranée. Si l'Europe est unie, elle doit l'être aussi dans ses unions et traités. Je crois savoir que le nouveau traité de Lisbonne, le mini-traité, met en place une présidence stable du Conseil, et crée un poste de haut représentant aux Affaires Etrangères, l'homme qui parlera au nom de l'UE.
Et puis cette Union Méditerranéenne contourne le problème de la Turquie pour M. Sarkozy. Elle sera un partenaire mais il aura garder sa parole de ne pas la faire entrer dans l'UE. Faut dire que la Turquie est une place stratégique incontournable dans la géopolitique mondiale. Les bases militaires américaines ne s'y sont pas installées uniquement pour le soleil. Le contrôle des Dardanelles a déjà fait coulé beaucoup de sang en 1915. L'accès à la mer de Marmara est important car il y a ensuite le Bosphore et l'accès à la mer Noire où la Russie à son seul débouché sur la Méditerranée. A l'exception de la Turquie, tous les pays riverains faisaient partie de l'URSS. Aujourd'hui l'Ukraine est un enjeu que se dispute l'UE et la Russie. La mer Noire est aussi une frontière de l'UE avec la Roumanie et la Bulgarie. Il existe une Zone de Coopération Economique de la mer Noire (ZCEMN), créée en juin 1991 à l'initiative de la Turquie. Voilà déjà la Turquie en coopération avec l'UE au travers des pays membres de l'UE et de la ZCEMN. Compliqué tout cela car l'économie n'attend pas la politique pour régler se soucis. Et certainement plus compliqué encore si on creuse un peu le sujet.
Souvent les politiques font d'une réalité économique une base de promotion électorale nationale pour donner un poids idéologique à des actions qui les ont précédés.
La géopolitique, la mondialisation, sont des réalités, et comme toutes réalités, on n'y échappe pas.