Google est un agrégateur de connaissance, une encyclopédie numérique. « Cherche dans le Larousse », ou « Cherche dans le Littré » ou « que dit le Petit Robert ? », pourtant « cherche sur Google ».
Ainsi la sémantique a changé entre le support papier et le numérique. Mais il y a bien autre chose. L'encyclopédie est une suite d'articles écrit chacun par un seul rédacteur sur un sujet donné. Google est une encyclopédie qui sur un sujet, appelons le « mot clé », offre des articles écrits par plusieurs rédacteurs spontanés. Cette multitude de rédacteurs apporte une diversité d'idées sans jugement de valeur. Une neutralité d'apparence car si les encyclopédies étaient vendues en librairie, Google offre ce service gratuitement à l'usager et doit tirer ses revenus d'un autre moyen, la relation entre l'usager et ses mots clés, la psychologie consumériste de l'usager. Avec ces revenus Google crée un monopole dans des domaines stratégiques comme Google maps et son « street view » un équivalent au système GPS américain. Mais il y a aussi ce que certains appellent le transhumanisme, l'appareillage intelligent du corps humain comme les Google Glass.
Un domaine qui se développe peut-être, et je le pressens, est la fabrication numérique d'une idéologie, d'une pensée et d'une civilisation. Le moyen, c'est les mots clés et l'utilisation de verbes au passé, présent et futur. Technologiquement il est possible de créer un texte avec les mots et les verbes. On peut ainsi écrire une histoire passée, une révélation quasi biblique, suivie d'une actualité cataclysmique avec une solution futuriste. Les romanciers le font en SciFi facilement. Il est parfaitement concevable de le faire de manière numérique avec les tendances détectées dans l'analyse des mots clés. L'anxiété et l'euphorie seraient contrôlées par le texte, par le Verbe pour certain, par un Google. Mais il n'est pas le seul en capacité de le faire. Un programme, des algorithmes, peuvent déverser des articles sur des serveurs et être référencés par les moteurs de recherche comme Google. On déboucherait sur une sorte de révisionnisme de l'Histoire, mais aussi sur un Livre numérique sur lequel s'appuierait une religion futuriste. Heureusement que le numérique est encore dépendant de l'énergie électrique débranchable.