Sade n'a pas violé, tué ou sodomisé tous ses lecteurs et lectrices, et pourtant l'Homme s'accouple et procrée.
Agatha Christie n'a pas tué ses lecteurs et lectrices ni même ses personnages romanesque, et pourtant l'Homme tue, guerroie et assassine quotidiennement.
Le paradoxe est que l'écriture des actes sexuels est considérée comme anormale, ou amorale, alors que l'écriture des crimes est considérée comme délassante, écriture qui suppose des lecteurs et lectrices évidemment.
D'où vient que le crime a pignon sur rue et que l'acte sexuel longe les murs ?
Est-ce inversement proportionnel à l'acte de société où il y a moins de crimes que d'actes sexuels ?
Est-ce les tabous, le romantisme qui nous font plébisciter l'un et cacher l'autre ?
Est-ce simplement une permutation des "crimes" ou bien encore une exorcisation de l'un par l'autre ?
Et l'acte sexuel, appelons le fornication, est-il un crime ?
Beaucoup de questions pour un sujet sous le manteau mais qui cache bon nombre de nos frustrations agissant ainsi sur nos actes du quotidien.
Femmes violentées, hommes assassinés, enfants battus, nos rapports à l'autre dépendent bien souvent de nos cauchemars enfouis profondément en nous.
Nous sommes tous capables d'écrire de la fornication car nous la pratiquons mais pas tous capables d'imaginer une histoire de crime car nous ne le pratiquons pas. Est-ce bien vrai ? L'histoire policière demande une réflexion logique pour la construction de l'énigme, une histoire de fornication en appelle à nos instincts premiers, la reproduction au sens animal.
Si le crime est une perversion de l'Homme pour son semblable, en quoi la fornication est-elle une perversion ?
Il s'entend que la fornication est pratiquée librement et de manière consentante entre deux êtres matures et capables de raisonner.
Si j'écris "je flingue Eloi", cela choque semble-t-il moins que si j'écris "je tringle Eloïse" et l'on peut encore monter dans le ton de l'un et de l'autre. Dans ceci il nous semble exister des termes qualifiés péjoratifs, dits vulgaires pour l'acte sexuel alors que pour le crime l'on parle d'argot ou de métaphores. La qualification, la catégorisation des termes est là aussi paradoxale sur le plan des actes évoqués car si l'un entraîne la mort, l'autre suppose le plaisir.
Le paradoxe est dans ce qui est accepté de manière consensuelle pour l'un et de manière complètement voilée pour l'autre. Les romans de gare sont plus généralement "policiers" et les romans "roses" sont très "roses".
Le côté fleur bleue reste l'idéal pour l'accroche mais l'objectif est de passer à autre chose, expliquée probablement par l'instinct de reproduction, si ce n'est pas par instinct de possession, dominant et dominé. La société condamne le crime en légiférant les règles et des sanctions pour les contrevenants mais elle régit seulement la structure des actes sexuels en les délimitant à des espaces clos et à des règles quantitatives, le mariage est unique et pour deux personnes seulement. Les pratiques sexuelles sont laissées librement choisies par les acteurs dans l'espace clos, habitat familial, hôtel ou autre lieu privé. La société a besoin de se reconstituer et non de s'assassiner et pourtant elle se détourne de la fornication et se met en guerre pour une idéologie.
Sur la fin de cet article on comprend aisément que l'on passe d'une fiction écrite à une réalité possible dans laquelle on s'implique avec coeur ou dégoût. Mais comment l'imagination peut-elle s'extraire de la réalité possible et probable et nous toucher ? Difficile écriture des instincts !